L'Exil, N Oz Exil

26 avril 2010

You'll see...

Quand j'étais un causasien accepté à Singapore, un frenchy en Australie, je fut un farang stupide à Bangkok, j'ai été un gaijin - intru- au Japon et même sûrement un enculé de western guy à Pekin dont je n'ai vu que l'aérport. Contrairement à mes attentes, l'inspiration ne m'est pas venu à Bangkok, que ce soit dans l'écriture ou même dans mon chemin de vie. Je me suis laissé vivre dans la capitale thaïlandaise. Il était trop difficile de se débarrasser de la culpabilité - fausse ou vraie compassion, je ne sais pas, je n'ai plus d'estime de mes ressentiments - d'être un farang justement, un occidental dans un pays "du Sud". On ne choisit pas vraiment toujours où on va, même quand on en arrive à un point d'émancipation comme le mien. Le globtrotting a ses limites aussi. Concrètement car le 11 septembre a sûrement tué toute forme d'improvistion dans les voyages grande distance (il faut savoir quand et où on part avant même d'arriver) et l'égoïsme omniprésent du voyageur le limite spirituellement. Alors l'inspiration a attendu. Je me suis perdu en chemin, forcément. Et puis c'est revenu, un peu, la culture appelle la culture, comme m'avait écrit sur une copie d'Histoire une prof de lycée éclairée. Et surtout, je...

- Et la loose appelle la loose !

Tiens, je connais cette voix...

(http://noschemins.canalblog.com/archives/chemin_faisant/index.html)

- Qu'est-ce que tu veux ?

- Mais enfin, c'est quoi ça ! C'est quoi ces moments, c'est quoi cet état de ces dernières semaines ! Quelle honte, quelle honte ! Quelle déception !

- Ta gueule. Je n'ai pas envie là, pas envie. Je sais tout ça. Je sais que je me suis manqué un peu trop et que je n'ai pas assez cherché. Mais, ...

- Pas assez cherché ? Mais tu as abandoné ! J'étais à deux doigts de te haïr, j'ai passé ces derniers jours les yeux bandés tant je voulais éviter de partir loin de toi, tu peux me remercier d'avoir pris la peine - car j'en ai pour toi - de revenir.

- ...

- Mais putain tu avais un an, UN AN ! Un an pour t'améliorer, un an pour comprendre, un an ! Il y a des gens qui t'attendent là-bas, qui attendent des réponses, des actes ! Toi tu en es où ? Tu as rempli au rabais tes objectifs, tu t'es remis à ne plus vouloir te lever le matin, à rester sur tes mêmes faiblesses, tes mêmes reflexes !

- Tu ne m'as pas beaucoup aidé.

- Je t'ai mis sur le chemin de tes rêves d'adolescent râté enfin ! Le Japon bien sûr. Mais tu as la mémoire courte. Quand, dans tes 16 ans morbides, tu pensais que l'herbe était plus verte ailleurs, tu n'as pas eu que des envies japonisantes. L'Australie, Sydney faisait aussi parti de tes "plans", la Californie aussi, de par l'éloignement, de par ton seul lien à une vie sociale rêvée : les feuilletons télévisés...

- C'est vrai, c'est vrai, je ne m'en souvenais plus... Je ne m'en souvenais plus... Alors, tu avais déjà tout tracé. Mon libre arbitre est peu de chose...

- Détrompe-toi. La preuve : Il y a eu des lueurs mais tu n'as pas suivi. Tant pis pour toi ! Mais combien de temps, de semaines, de mois gâchés, hein, combien de ressources utilisées pour ce piètre résultat, si on peut même envisager d'y voir un quelconque résultat !

- J'aurai pu tout saisir, j'aurai pu aller plus loin et tu sais bien comment. Pourquoi m'avoir fait encore apprendre l'humilité amoureuse, la dévalorisation et le masochisme. Pourquoi ? Pourquoi si tu voulais que je m'améliore ?

- A ton avis ?

- Pour que je dépasse tout ça certainement. Mais c'est trop dur. J'ai presque envie de te dire au revoir à jamais. Mais...

- Mais ?

- Tu n'as rien remarqué ?

- J'en ai trop vu surtout.

- Je me suis laissé repousser la moustache.

- Quoi ! ? En quel honneur ?

- De la rédemption. J'ai passé 15 jours rédemptoirs à me traîner dans la boue d'une rizière sur une petit île du Japon. J'ai ressenti à nouveau le bonheur d'un bain chaud, du travail physique et du bon repas qui s'en suit... J'ai essayé à nouveau d'écouter les autres avant d'avoir envie de parler. J'étais homme, aussi. J'étais toi, celui-là, tu n'avais pas les yeux bandés, tu étais juste en moi ces 15 derniers jours. C'est ce que je voulais te dire depuis le début. Je n'ai pas abondonné. Je retrouve, jour après jour, mon chemin. Je pensais que tu étais revenu pour ça, pour m'encourager.

- ...

- Tu es revenu pourquoi alors ? Pour me prévenir ? Je me suis fait violence tout seul. Ne soit pas trop rude avec moi, je le suis déjà bien assez.

- Ok, tu m'as bien eu, bravo. Dernier repis.

- Et j'imagine que je vais devoir publier ça sur mon blog à l'agonie depuis mon hiver à Perth ?

- Un jour d'il y a 3 ans tu avais décidé de te mettre vraiment à nu face aux autres pour en faire l'expérience. Car quand on doute de tout tout le temps, l'impudeur est presque une logique. En ces moments lointains, je te trouvais au moins intéressant...

Posté par damien robert à 23:31 - bangkok, tokyo, beijing - Commentaires [1] - Rétroliens [0]


09 novembre 2009

Je cherche encore / Double Jeu, J + peu importe

J'ai raté mon hiver à Perth.

J'avais préparé des tas de phrases explicatives, même une vidéo que j'aurai appelé "Back to Perth" mettant en scène mon clown mélancolique. Mais je suis déjà loin de tout ça. Et sûrement pas encore assez loin pour en conclure quoique ce soit. A la place, et pour clore définitivement ce blog - car l'échec est toujours suivi d'une cassure symbolique - je nous laisse à cette chanson qui est simplement mon choix de vie, si tant est que le choix fut vraiment un jour. Je n'ai pas le génie de l'écriture musicale comme un autre Damien - Saez -, alors je le laisse chanter à la place d'une sempiternelle complainte de l'exilé qui ne ne me va plus. La petite vidéo qui accompagne la chanson (et non l'inverse) a été concoctée à la va-vite. Elle joue chronologiquement ma traversée de l'Australie de Perth à Sydney en 4 jours de train. De l'océan Indien à l'océan Pacifique, d'Est en Ouest, de l'exilé à celui que je vais devoir réinventer, de mon hiver à mon été.  Pourquoi "double jeu" ? Parcequ'en même temps que le point final donné à Nozexil, j'ai enfin écrit les points de suspension de Nos Chemins http://noschemins.canalblog.com...

J'ai sans doute raté mon hiver à Perth. Ou peut-être pas. Le recul, les autres me le diront sûrement un jour. Mais une chose est sûre, je refuse de rater mon été à Sydney.

Peu m'importe tu vois...

Posté par damien robert à 17:17 - sydneysider - Commentaires [10] - Rétroliens [0]

28 septembre 2009

Septembre en attendant, J + 6 mois et quelques

Non, je n'ai pas réussi à pondre quelquechose sur mes 6 mois d'exil, un pseudo bilan de mi-parcours malgré plusieurs tentatives. Je n'arrive plus à écrire en ce moment, à peine à lire, et je ne me force plus à parler. Je suis d'un calme presque plat. Oui, me recréer un quotidien, une routine si loin, était un de me défi. Mais j'en suis déjà lassé. A quoi sert-il de s'affranchir si on reste sur place ? Car au-delà de l'exilé, je suis un affranchi occidental. C'est tout ce que j'ai maintenant et je le clame avec délectation. Comment ai-je pu penser avec tristesse n'avoir rien quand l'idée des possiblités qui me sont offertes pour la suite me rendent si euphorique ? Comment puis-je, certains soirs, crever l'amour alors que ne pas me lier les mains me permet d'être libre comme le vent ? Aujourd'hui, le printemps a enfin fait une belle démonstration de chaleur et d'ensoleillement. Quel bien être. Je resterai toujours surpris de voir à quel point la lumière fait revivre les gens. Observer ça autour de la Swan rivière, en compagnie des pellicans, mouettes et darters aujourd'hui fut un délice. Je me suis dit que l'hédonisme - qui reste le contraire de ce qui me touche - réel des australiens tenait à ça. Pourtant. Pourtant, en Andalousie, où le soleil brille au moins 8 mois sur 12, le romantisme - que j'aime éperdument - est légion. Peut-être est-il puisé dans l'histoire d'écorchée de la région. Prise et reprise, convoitée, aimée et haie. L'Australie n'a pas cette histoire. Et elle cumule, de mon avis, les défauts des jeunes pays. Comme je l'ai dit à beaucoup, je me laisse la réserve de tomber amoureux, au moins un petit peu, de Sydney avant de conclure personellement sur ma première terre d'exil. Je pourrai alors, à la place de parler de l'effroi ressenti de se faire demander son passeport et de se faire prendre en photo pour rentrer dans un bar ici, écrire sur ce que j'ai appris pendant mon hiver à Perth. Je comprends un peu plus ma quête, ma perte parfois. Je pourrai dire, plutôt que de dénigrer le chauvinisme fort et mal placé des australiens, que j'ai compris que c'est l'individualisme poussé de nos sociétés qui m'a foutu dedans. L'individualsime poussé, extrème, celui qui mène à la non-appartenance totale à une communauté (même si j'en touche souvent du doigt certaines), sans modèle, et qui m'a permis de devenir l'affranchi occidental que je suis, empêcherai selon certain la construction de soi. CQFD. La dévalorisation de soi, passée ou actuelle, permettrait selon d'autres de pouvoir se donner pour une cause ou de l'envisager. CQFD. Je comprends un peu mieux le paradoxe qui m'anime et m'éteind. Mais comprendre ne guérit pas. Je men fout après tout. Je veux rester malade de liberté, malade de quête et de chemins. Je veux continuer à avoir mal aux autres, à moi-même, haïr mon égo et m'en servir aussi. Essayer de m'améliorer sans y parvenir, rêver et râter le présent. Etre bien là où j'avais peur d'aller et vomir les places que je convoitais. Car je trouverai bien une raison d'être en tout ça. Et à ceux que j'aime et aux autres aussi, je me permet un conseil bref mais que je ne peux garder au fond de moi plus longtemps et dont j'ai peut-être - je dis bien peut-être - la légitimité du crachat : Partez ! Allez découvrir le monde et vous-même, partez, partez...

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So here I am...

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Posté par damien robert à 04:38 - back to perth - Commentaires [2] - Rétroliens [0]

17 août 2009

Qui m'aime me fuit, J + 148

Mon dernier article n'était pas censé puer le négativisme. Juste sentir un peu l'imperfection du présent mêlée à une certaine nostalgie douce, avec une pincée de mélancolie acide. Ce sentiment unique et, peut-être paradoxalement je ne sais pas, aimé, ne me quittera jamais. Les portugais l'appellent la Saudade, qui est, par légende, indéfinissable et intraductible. Je suis aussi parti, encore une fois mea culpa - ah ! que j'aime me mettre à nu ! -, pour enfin savoir ce que c'était d'être étranger, sentir un ersatz de douleur du déracinement et du manque des autres, des acrobates, vivre sans repères, même si je me suis sécurisé en partant en homme riche dans un pays riche. Quand d'autres, dans les coins chtis de chez Mister Prim1, vivent seulement dans l'espoir, un jour peut-être, d'avoir une patrie, l'asile, moi j'ai souhaité m'en défaire, juste pour voir, tel un bobo, un exilé occidental. Ah ! Que j'aime me mettre en scène !

Ce mois-ci, je me suis laissé complètement porté par l'égocentrisme de l'introspection. Je n'ai pas écrit ici de peur que ça sente mauvais, justement. J'en retire beaucoup de choses. Ce n'est pas finit. Mais le mois prochain, ce sera le tour des autres. Mon exil est aussi mon tube à essai. Le mois prochain, je passerai de cleaner pensif à réceptionniste souriant dans mes deux boulots. Promotion oblige, changement de cap qui tombe pile. Le mois prochain, je serai là et ailleurs, près d'eux et loin de moi. Si j'y arrive.

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Ca pique

Posté par damien robert à 14:53 - western australia - Commentaires [6] - Rétroliens [0]

25 juillet 2009

Allo maman bobo / Maldon, J + 125

Comme je ne fais plus l'amour, je fais la poussière. Je lave, j'éponge, je récure, je frotte, je balaie. Debout, à genoux, à quatre pattes. Je suis "cleaner", femme de ménage,  dans des endroits où les autres, eux, s'adonnent souvent aux plaisirs de la chair. L'ironie de la vie ne me surprend même plus. J'essuie, je dilue, j'aspire, j'arrose, je fais mousser. Je suis nettoyeur sept jours sur sept à Perth. Et cette nouvelle fonction est bien évidemment porteuse de sens. Un sens fort dans mon exil. Je racle, je refais, je replis, je remplace, je remplis. Et je me dis, car la pensée et la réflexion sont reines dans ce travail solitaire, que l'amélioration tant recherchée est dure, trop dure sûrement à atteindre. J'en suis si loin au bout de 4 mois d'exil. Je me déçois parfois, dans mon égoïsme et mon manque de courage. Et d'autres fois je suis déçu de coïncidences qui n'arrivent pas, de chance qui m'abandonne souvent. Lier le concret de mon quotidien de nettoyeur à l'abstrait objectif de mon exil me semble alors couler de source. Encore un nouveau départ en perspective. Il faut encore et encore que je trouve une nouvelle vision de mon exil, d'autres voies pour m'améliorer. J'essaie de comprendre le "profit" dont on me parle tant, qu'on me conseille. Je commence à comprendre, d'ailleurs. Je profite de mon exil certes, qui est une épreuve, souvent douce, parfois dure. Mais je ne veux pas que mes acrobates se méprennent. Je ne profite que peu, dans mon ménage intérieur actuel, de l'Australie. Je vois les golden bretons servis de belles choses, de requins-baleines, de coïncidences, de synchronicité qui les amènent à découvrir ce pays. Moi je ne suis pas assez ouvert à lui que je n'avais choisi, mea culpa, uniquement pour l'éloignement extrême qu'il procurait. Je comprends tout cela maintenant et je laisse chacun à ses chemins sans plus m'y perdre en prenant le mien, celui décidé depuis le début. Celui qui me dit que qu'importe l'endroit, pourvu qu'on ait l'exil. Celui qui me relie à ce qui me manquait à Paris, à ce qui m'a poussé à partir loin et seul. Se nettoyer, c'est aussi cesser de se comparer aux autres. Me nettoyer va donc me soulager, à la même puissance que je soulage tout ce que j'épure de leurs parasites. En même temps, je lance mes grappins sur une tentative d'intégration à Perth. Car, et mon footing nocturne (premier depuis que je suis arraché des mardis avec Miss Isa), ma promenade à South Perth, Heirisson Island, le soleil doux et autres plaisirs m'en donnent en plus envie, je passerai l'hiver à Perth, ma machine à laver citadine. Je me dois donc de la respecter et de m'y intéresser. Je n'ai pas assez de recul pour écrire juste, plus souvent et transformer mes brouillons cérébraux. Pourtant chaque article sur ce blog transparent provoque en moi, sinon un accouchement, au moins des contractions.

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Posté par damien robert à 19:52 - western australia - Commentaires [4] - Rétroliens [0]